Birkenau, espace vide, désolé dans lequel nous marchons. Le froid détrempe nos manteaux, ceux là même que n'avaient pas les dizaines de milliers de personnes contraintes de travailler pour le compte de la folie humaine qui les détruirait. La pluie rentre dans les chaussures que n'avaient pas les esclaves ayant séjourné en ces lieux. Nous sommes extrêmement fatigués après ces six heures de marche. Six heures, la moitié à peine de la durée journalière de travail dans le froid, les coups de schlague et les humiliations; forçant ces fantômes de ce qui avait un jour été des êtres riant, pleurant, aimant...à reléguer au plus profond d'eux même leur dernière part d'humanité, si infime soit elle. Nous avançons à travers les baraquements, ou peut être devrais je dire les parquages, les écuries ou, dans le froid, avec pour seule compagnie les pox, les rats, la vermine, les maladies et les infections s'entassaient des centaines d'âmes, de savoirs, de sensibilités et d'humanité, obligées de s'entretuer pour un morceau de pain, beucoup moins bon le même que celui que l'on jette après son repas parce que l'on ne l'a pas mangé. Les restes, ce qui a survécu à la tentative des nazis pour tout faire disparaître, afin que personne ne puisse jamais témoigner.
Birkenau, un petit avant goût de ce qui nous attendait. Auschwitz, la partie émergée de l'enfer. A l'entrée se trouve un écrit, gravé dans ma mémoire « arbeit mach frei », le travail rend libre, libre de mourir pour des haines, parce que des gens, comme aujourd'hui, cachaient trouvaient beaucoup plus facile de tout mettre sur le dos des autres, petite lacheté par petite lacheté, on accepte ces discours, puis que son voisin soit parqué, puis qu'il porte une étoile, puis qu'il soit arrêté. Dans les locaux de ce camp, cette ancienne caserne, se cotoient des lettres écrites clandestinement par la résistance, l'étincelle que jamais leurs opresseurs n'ont pu éteindre. Des feuilets administratifs, les mêmes qu'a la comptabilité de n'importe quelle entreprise, réduisant ces être à un amas de chair comestible, de graisse à savon, de cheveux pour faire de la laine...ces cheveux, entassés par tonnes, des nattes témoignant de mariages prochaine, faits certainement dans l'au delà, à côté les vêtements, cousus avec ce matériau, des cheveux, des poils de femmes, rasés devant les hommes, comme des animaux, des hommes insensibles à leurs cris, à leurs pleurs, à leur humiliation, hommes pour qui elles n'étaient que des objets, de la vermine à éliminer.
Le centre d'expérimentation, ou tant d'hommes ont trouvé la mort, tel des souris blanches dans un laboratoire. Utilisés pour tester des médicaments, leur douleur, leur fatigue poussés à l'extrême. Eux, voyant que leur propre corps ne leur appartient plus, que la douleur qu'ils éprouvent, leurs cris de douleur, leur acharnement à demander pardon n'était que des courbes, des statistiques, les mêmes que ceux que je fais en cours. Nous continuons la visite, dans le sous sol du même bâtiment se trouve le quartier réservé aux punitions, comme s'il était possible d'envisager des situations de souffrance pires que celles-ci. Mais notre corps a un maximum très élevé dans la souffrance, j'ai vu des cachots d'un mètre carré dans lesquels on enfermait quatres hommes pendant la nuit, accusé d'avoir mal travaillé. Comment aurait il pu en être autrement ? Avec un bol de soupe froide et six heures de sommeil, dans leurs pijamas par -40 ? Nous terminons la visite par le chemin des chambres à gaz, fait avec les dalles de la synagogue de Cracovie, les dalles sacrés, sur lesquels les juifs étaient obligés de marchés, bafouant ainsi la religion et le dieu que, toute leur vie ils avaient respecté et aimé, voyant dans leur désespoir que celui-ci ne viendrait pas à leur secours, perdant tout espoir, toute foi en l'hommme, en la religion et en la vie elle même. La chambre à gaz, les murs portant des traces d'ongle, de désespoir, de douleur, ou l'on entend presque encore résonner les cris et ou l'on sent presque encore l'odeur du Ziklon B. Directement relié au crématorium, donnant ainsi foi à la légende « on rentre par la porte, on ressort par la cheminée ». Ou par le vers de Dante « Toi qui entre ici perd tout espoir ». Ces mots étaient, selon lui écrits à l'entrée de l'enfer, mais Auschwitz n'abrite pas des criminels, il abrite des gens dont le seul crime était de vouloir vivre en étant différents. D'avoir ainsi servi de bouc émissaire à un dictateur pour rallier un peuple et arriver au pouvoir.
En sortant d'Auschwitz, il me semble entendre leur voix me dire « nous t'avons raconté notre histoire, maintenant raconte la à d'autres. » Cette histoire, ils la portaient tous, en portaient tous les stigmates, tous les rescapés de l'enfer des camps de la mort. Cette histoire, chacun d'entre eux en avait une part à raconter, à dire, à écrire. Mais la France comme beaucoup d'autres nations européennnes ne voulait pas entendre la vérité, ne voulait pas sortir de son mythe de 40 milions de résistant, telement plus politiquement correct. Les rescapés de ces camps ont donc du oublier, presque se dire que cela n'était jamais arrivé, que cela n'avait aucune importance. Les têtes bien pensantes en effet trouvent plus facile de dissimuler leur lacheté, leur bêtise et leur honte que de les affronter, afin surtout que la France réintègre au plus vite le rang de puissance européenne et soit classée parmi les «vainqueurs ». Quels vainqueurs ? Comment peut on se considérer vainqueur de quelque chose d'aussi atroce ? Comment l'homme peut il avoir un tel potentiel à hair ? Comment à t'on pu en arriver là ?
Petite lâcheté par petite lacheté, des discours que l'on entend tous les jours « les problèmes de la France, aux trois quarts c'est de la faute des étrangers », « il faut les mettre tous dehors » « ça en fait un de moins », après on accepte qu'on leur supprime les allocations que l'on nous donne, puis que l'on les isole, puis que l'on les force à porter une étoile, puis à travailler dans une entreprise, puis arrêté, puis éxécuté, la haine, la bêtise et la lacheté ont fait leur oeuvre. C'est cette leçon que m'ont appris tous les hommes, les femmes et les enfants ayant payé de leur vie cette leçon. Eux qui maintenant me disent..raconte, racontez, ne laissez pas cette infamie recommencer, ne laissez pas s'endormir les gens biens, car c'est leur silence qui a permis ça, ils sont responsables de n'avoir rien dit, n'endormez pas votre vigilance, c'est la porte ouverte à tout cela.